logo socio hydro SocioHydro. Négociations, réflexivités et médiations dans les recherches sociohydrologiques

Responsable de l'équipe : Jeanne Riaux - Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

L’équipe SocioHydro croise les regards des sciences de la Nature et des sciences de la Société pour produire des analyses résolument interdisciplinaires sur des questions de recherche relatives à l’eau, sa circulation, sa gestion, ses usages, ses dégradations.

 terr obj actÀ partir de pratiques collectives de recherche sur le terrain, les chercheurs documentent les dynamiques et interactions (coévolutions, rétroactions, dynamiques croisées) entre eaux et sociétés. Ces interactions sont rendues visibles par les infrastructures hydrauliques (puits, forages, barrages, réseaux d’irrigation, etc.), des objets socionaturels (cours d'eau, lagunes, sebkha, etc.) et des dispositifs sociotechniques (compteurs, modèles, normes, etc.) qui assurent la médiation entre eaux et sociétés. Nous les qualifions d’« objets sociohydrologiques » pour souligner le rôle de « passeurs de frontières disciplinaires » ou de catalyseurs qu’ils peuvent revêtir dans nos dispositifs de recherche. En s’appuyant sur la médiation de ces objets, les membres de l’équipe documentent et interrogent la nature des dynamiques eaux/sociétés, les savoirs et pratiques liés à l’eau, ainsi que les controverses qui les traversent, à travers des dispositifs de recherche interdisciplinaires mis en œuvre sur plusieurs terrains à travers le monde.

 

Chaque situation de recherche articule de manière originale « terrain », « objets » et « acteurs », autour de questions de recherche marquées par les disciplines scientifiques impliquées. Ces dispositifs de recherche sont ainsi le fruit de processus de « négociation sociohydrologique ».

 

Exemples

preks socio hyrdo© Les preks du Cambodge, objets hydrauliques à l’intersection de problématiques hydro-agro-politiques (cliché : C. Orieshnig)

 

Au Cambodge, l'étendue des surfaces submergées en période de hautes eaux du Mékong est intimement liée aux modalités de gestion des barrages en amont ainsi qu'aux pratiques d'irrigation locales, qui se superposent à une variabilité climatique importante. Des canaux en terre, appelés preks en Khmer, jouent un rôle crucial dans les dynamiques sociohydrologiques à l’œuvre dans le haut delta du Mékong. L'équipe s'attache à comprendre comment divers acteurs (agriculteurs, agents de l'administration, bailleurs de fonds, etc.) représentent ce système complexe et les implications que ces représentations peuvent avoir en termes de compréhension des phénomènes d’inondation (durées, amplitudes, vitesses de montée et de récession, périodes d'occurrences dans l'année hydrologique) et de leurs conséquences (hydrologiques, sociales, agricoles, sanitaires) et d’interventions dans ces zones inondables. En parallèle, l'équipe élabore "sa" propre vision de ce système mobilisant divers méthodes et outils et cadres d'analyse construisant ainsi une interdisciplinarité "par le terrain".

 

 

reuse© Réutilisation informelle des eaux usées traitées en agriculture, Maroc (cliché : N. Aït Mouheb, 2018)

 

 

En France et au Maghreb, les pratiques de réutilisation des eaux usées traitées (REUT) en sortie de stations d’épuration gagnent en crédibilité et en visibilité pour solutionner des enjeux d’accès à l’eau. Cette solution se matérialise par un dispositif sociotechnique complexe mêlant infrastructures de distribution/transport, procédés de traitement, ainsi que des pratiques, politiques et discours. Envisager de réutiliser ces eaux amène les acteurs à recomposer leurs rapports à ces eaux souillées, « oubliées », parfois méconnues, dans l’optique de les maîtriser, de les utiliser ou de s’en approcher.

 

 

gest collec© Penser les enjeux de gestion collective de la qualité de l'eau, de la solidarité et de la localisation des efforts (cliché : L. Seguin, projet Spirit)

 

 

En France également, sur les bassins côtiers d'Occitanie, les cours d'eau intermittents se sont construits ainsi depuis des millénaires (2 au moins) avec des interventions humaines modifiant les régimes hydrologiques directement. Plus récemment, ces interventions à longue distance impliquent des modifications climatiques locales qui viennent contraindre les régimes d'écoulement. La multiplicité des enjeux locaux (viticulture, eau potable, conchyliculture dans les lagunes à l'aval, conservation de la biodiversité) et la multiplicité des normes essentiellement au niveau européen conduisent à faire évoluer le caractère intermittent de ces cours d’eau. C'est en grande partie l'aval, lieu du pouvoir politique, qui détermine. Mais les conséquences des choix faits, y compris dans l'intention de protéger la ressource, sont mal évalués du fait de la complexité des interdépendances.

 

econ eau© Matérialisation des enjeux d’économie d’eau sur les canaux des arrière-pays méditerranéens (cliché : A. Viste)

 

Toujours en France (mais pas seulement !), la "modernisation" (institutionnelle et technique) des réseaux d'irrigation à des fin "d'économies d'eau" n'est pas évaluée selon des contours bien clairs (qu'entend-on par modernisation et économies d’eau ?). Alors que cette mesure est généralement conçue et perçue comme étant uniquement technique, le « regard sociohydrologique » nous amène à considérer la modernisation comme un processus politique, faisant intervenir différents savoirs et représentations du monde, participant à une redistribution des ressources entre usagers, et à une évolution des territoires de l’eau. Avec la modernisation des réseaux d’irrigation, ce sont aussi les savoirs sur l’eau et la répartition du pouvoir qui sont modifiés. L’analyse des dynamiques hydrologiques et sociales liées à la modernisation permet de resituer cette innovation technique dans un contexte plus large, afin de mieux appréhender ses multiples conséquences environnementales, économiques et sociales. En parallèle, les choix structurants à faire nécessitent de se doter d'outils pour explorer des scénarios afin d'identifier les effets indirects de ces choix à différentes "échelles" spatiales, sociales et temporelles. La modélisation informatique peut apporter sa part pour autant qu'on ne lui fasse pas dire plus qu'elle ne peut, notamment en couplant de manière parcimonieuse et cohérente des représentations du milieu et de la société. La question se pose de la même manière pour les nouvelles infrastructures mises en place sous le motif d'adaptation au changement global. L'identification des intersections entre les boucles de rétroaction caractéristiques des usages des ressources est une manière d'identifier les effets indirects.

 

hauteur eau web© Le fleuve Sénégal au prisme des hauteurs d’eau, Parc National du Diawling, Mauritanie (cliché : Riaux, 2020, programme SocioHydr’OSé)

 

Le fleuve Sénégal, dont le régime a été fortement modifié au cours du XIXe siècle par son aménagement (barrages, digues), fait l’objet d’enjeux multiples en matière de gestion, avec notamment la question du Nexus eau-agriculture-énergie et des normes hydrologiques sur lesquels reposent les dispositifs de gestion des barrages. Dans ce contexte, les recherches sociohydrologiques s’articulent autour de deux principaux axes de recherche. Le premier concerne la compréhension des évolutions hydrologiques, hydrauliques et climatiques du bassin du fleuve Sénégal, et leurs impacts actuels et à venir sur les conditions d’accès à l’eau pour informer les décideurs et gestionnaires. Le second est centré sur l’analyse des évolutions hydrologiques sous l’angle des savoirs que les riverains du fleuve, sénégalais et mauritaniens, construisent à partir de leurs relations (productives, symboliques, mémorielles, sensibles…) aux eaux du fleuve. L’objectif à terme est de faire dialoguer les deux pans, « scientifique » et « vernaculaire », de la production de savoirs sur le fleuve et ses évolutions.

 

En Europe, les pollutions sont analysées en tant qu'événement destructeur qui révèle les liens et dépendances des sociétés à l'eau (et autre biens communs socionaturels réduits à l'état de ressources). Les recherches concernent les pollutions industrielles et minières, mais également les moyens mis en œuvre pour remédier aux dégâts de l'anthropocène dans les sites miniers et industriels. Des expérimentations sociohydrologiques sont également conduites pour imaginer comment restaurer les cours d'eau abimés par le productivisme.

Pour le quinquennal 2021-2025, à travers un travail d’expérimentation, de réflexivité et de retour d’expérience sur la pratique de l’interdisciplinarité entre sciences de la nature et sciences de la société, l’équipe SocioHydro se positionne en « laboratoire » des pratiques d’interdisciplinarité sociohydrologique : SocioHydro’Lab. Dans cet objectif, et en se nourrissant toujours des expériences de terrain, l’équipe développe trois axes d’activité :

 

1. Poursuite du travail de négociation sociohydrologique sur les terrains, dans un objectif de compréhension et représentation des dynamiques couplées sociales et hydrologiques (sociohydrologiques). Poursuivre l’encouragement et l’accompagnement du processus de façonnage interdisciplinaire des questions de recherche et/ou définition des « problèmes » à analyser, sur les terrains de l’équipe, tout en produisant des analyses sur la nature de ces dynamiques couplées et de la manière de les aborder.

 

2. Travail de réflexivité sur le dialogue entre chercheurs des sciences de la nature et des sciences de la société. C’est ce que nous avons engagé avec les « ateliers du SocioHydro’Lab ». Lidée est de constituer une communauté d’expérience pour prendre du recul sur la pratique interdisciplinaire, ce qu’elle fait aux disciplines, aux terrains et aux personnes. S’interroger sur la manière d’engager le dialogue, d’articuler des pratiques, de confronter des manières de voir le monde. Ce travail de réflexivité a pour objectif de nourrir/accompagner/faciliter la négociation interdisciplinaire, mais aussi d’objectiver cette pratique pour avancer.

 

3. Approfondissement du travail de médiation du dialogue entre les chercheurs et leurs interlocuteurs de la société, à travers une « SocioHydro en société ». En parallèle d’approches explicitement participatives portées au sein de l’UMR G-eau (équipe IPD, notamment), l’objectif est d’interroger la manière dont le dialogue interdisciplinaire permet de décentrer les approches et de repenser les frontières des catégories de producteurs de savoirs autour de l’eau. Plusieurs approches développées sur les terrains de l’équipe seront interrogées, notamment une approche de « sciences citoyennes », des « jeux sérieux » et des « dispositifs réflexifs » sur la production et la transmission de savoirs hydrologiques.

 

Quelques références emblématiques de l’équipe

  • Ait-Mouheb N., Mayaux PL., Mateo-Sagasta J., Hartani T. and Molle B. (2020) Water Reuse: a resource for Mediterranean Agriculture. In Water Resources in the Mediterranean Region, Elsevier, 107-136. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-818086-0.00005-4
  • Collard A.-L., Riaux J., Massuel S., Bonté B., Laurenceau M., Richard B., Rivière- Honegger A., (2021). Construire un regard sociohydrologique (3). Expérimenter un canevas pour engager la négociation interdisciplinaire, Natures Sciences Sociétés, 28, 4 [sous presse].
  • Hamamouche, M., M. Kuper, J. Riaux and C. Leduc (2017). Conjunctive use of surface and ground water resources in a community-managed irrigation system — The case of the Sidi Okba palm grove in the Algerian Sahara. Agricultural Water Management 193: 116-130.
  • Massuel, S., J. Riaux, F. Molle, M. Kuper, A. Ogilvie, A. Collard, C. Leduc and O. Barreteau (2018). Inspiring a Broader Socio-Hydrological Negotiation Approach With Interdisciplinary Field-Based Experience. Water Resour. Res. 54: 2510-2522.
  • Massuel, S. and J. Riaux (2017). Groundwater overexploitation: why is the red flag waved? Case study on the Kairouan plain aquifer (Central Tunisia). Hydrogeology Journal 25(6): 1607-1620.
  • Massuel, S., F. Amichi, F. Ameur, R. Calvez, Z. Jenhaoui, S. Bouarfa, M. Kuper, H. Habaieb, T. Hartani and A. Hammani (2017). Considering groundwater use to improve the assessment of groundwater pumping for irrigation in North Africa. Hydrogeology Journal 25(6): 1565–1577.
  • Ogilvie, A., J. Riaux, P. Le Goulven, S. Massuel, M. Mulligan, G. Belaud and R. Calvez (2019). Hydro-social drivers of agricultural water use in small reservoirs. Agricultural Water Management 218: 17-29.
  • Riaux, J., A. Ogilvie and Z. Jenhaoui (2020). More than just water! Hydraulic materiality and the process of resource making: a sociohydrological reading of Tunisian hillside reservoirs. Journal of Rural Studies 79: 120-135.

Produits structurants pour le collectif SocioHydro

1. Processus collectif de mise en visibilité et en politique de la "grounded sociohydrology" – O. Barreteau

L’objectif est de se préparer collectivement à participer à des conférences internationales pour mettre en visibilité et en politique l’approche sociohydrologique que les chercheurs de l’équipe SocioHydro déclinent dans l’UMR G-eau, une sociohydrologie ancrée sur le terrain et dans la matérialité des rapports entre les humains et l’eau. Deux évènements principaux sont concernés : la conférence de Delft sur la sociohydrologie, en septembre 2021 et la conférence de l’AISH, à Montpellier 2022.

 

2. Les ateliers du SocioHydro’Lab. Dialogue et réflexivité sur les pratiques interdisciplinaires – J. Riaux et A-L. Collard

socio hydro lab

La pratique interdisciplinaire n’est pas toujours facile, ni confortable. Elle est même parfois laborieuse, chronophage ou encore déstabilisante. L’hypothèse sur laquelle reposent les ateliers du SocioHydro’Lab est que le partage d’expériences et de réflexions, autant à propos des moments d’enthousiasme et d’avancées que des moments de frustrations ou de doutes, permet à la fois d’approfondir l’expérience interdisciplinaire, d’accompagner le travail de « négociation » sur lequel repose cette pratique, mais aussi de la penser, et d’initier la réflexivité. Cette étape du processus interdisciplinaire représente également un moyen d’objectiver des pratiques de recherche spécifiques, d’en identifier les caractéristiques et les apports. Les ateliers du SocioHydro’Lab sont pensés comme des espaces de « respiration » pour les chercheurs engagés dans l’interdisciplinarité. Ils doivent permettre à chacun d’exprimer son point de vue, ses interrogations, et d’ouvrir l’arrière-cuisine de ses pratiques interdisciplinaires.

 

3. Récits des interdisciplinarités pour l’étude des relations eaux/sociétés. Processus collectif d’élaboration d’un ouvrage à partir de mises en récit des pratiques de l'interdisciplinarité autour de l'eau – Coord. A-L. Collard, J. Riaux et M. Kuper

Si la pratique de l’interdisciplinarité n’est pas nouvelle dans la compréhension des relations que les sociétés entretiennent à l’eau, elle peut être vécue de diverses manières par les chercheurs. Qu’elle soit le fruit d’une injonction ou d’une volonté personnelle, cette pratique encourage les rencontres entre disciplines, entre chercheurs porteurs de langages et d’approches différentes. Cela donne forme à des possibles, des déconvenues, des tensions. L’ambition de ce projet collectif est de rassembler des retours d’expériences sur différents moments de la pratique interdisciplinaire (montage d’un projet, pratiques de terrain, écriture commune, etc.) dans une démarche réflexive. L’objectif est tout autant de réfléchir à ces pratiques, de les encourager chemin faisant et finalement, de les donner à voir.

 

4. Nouvelles écritures visuelles des sciences de l’eau et de l’environnement. Proposition de thématique transversale et interdisciplinaire - C. Gramaglia & C. Leduc

Un axe transversal de l’équipe : Nouvelles écritures visuelles des sciences de l’eau et de l’environnement est en démarrage, avec l’idée de mobiliser un travail sur l’image pour (1) compléter les jeux de données avec des images et des sons, (2) donner à voir et ressentir les dimensions sensibles des questions investiguées, (3) partager plus largement les résultats de la recherche (diversité des formats et des publics) et (4) élaborer des outils de débat public et d’aide à la décision.

 

Les membres de l'équipe SocioHydro :

Fiches de Présentation Contacts
 Julien Burte Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 Anne-Laure Collard Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 Benoît Dewandel Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 Christelle Gramaglia Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 Guillaume Lacombe Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 Martin Laurenceau Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 Christian Leduc Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 Sylvain Massuel Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 François Molle Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Andrew Ogilvie Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 Bastien Richard Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
 Jean-Philippe Venot Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

 

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