Hydropolis est un projet ambitieux de regroupement de l'ensemble des forces de recherche sur l'eau de Montpellier. L'objectif est de favoriser la coopération entre les équipes de recherche et les partenaires privés et public, sur tous les plans : innovation, conseil, formation, il constitue une composante forte du Centre International ICIREWARD, premier centre UNESCO de recherche et de formation dédiée à l’eau continentale en France et un des plus importants au niveau international.
L’agriculture se situe au carrefour des enjeux posés par le changement climatique, identifiée comme problème et solution. Particulièrement exposées aux événements climatiques, les exploitations agricoles doivent s’adapter pour être plus résilientes et participer à l’atténuation du changement climatique à long terme.
Dans la perspective d’accroître la durabilité des systèmes alimentaires, de plus en plus d’analyses de type bassin alimentaire sont réalisées pour étudier le potentiel à nourrir localement les populations urbaines. Or la question de l’eau y est peu abordée.
La question de recherche centrale de cette thèse est : « Quel ensemble de mesures et d’indicateurs permettrait une évaluation des coûts et des bénéfices de la participation qui soit utile à la prise de décision et au pilotage de démarches participatives citoyennes dans le domaine de l’eau ? ».
La thèse s’appuie sur une analyse ex-post d’expériences passées de participation citoyenne dans le domaine de la gestion de l’eau en France et en Tunisie ainsi que sur l’instrumentation d’une démarche d’évaluation des coûts et des bénéfices de la participation et sa mise en œuvre dans un cas spécifique en Tunisie.
Cette thèse s’intéresse aux systèmes d'irrigation vietnamiens au prisme du « cycle hydro-social » (Budds et al., 2014), c’est-à-dire à travers la manière dont les relations de pouvoir guident les modalités de gouvernance de ces systèmes et la façon dont le pouvoir émerge et circule au sein des catégories d’acteurs qui les composent.
Pour notre dernier vendredi découverte de l'année, nous avons eu le plaisir d’accueillir le vendredi 22 décembre à 11H00, Stephan Abric de PRACTICA, qui, aux côtés de Jean-Louis Fusiller, a présenté le projet IRRINN ainsi que son mécanisme de financement novateur pour l'irrigation solaire destinée aux petits agriculteurs.
Titre : Financement novateur de l’irrigation solaire pour les petits agriculteurs.
© Photo : Stephan Abric de PRACTICA
Résumé : Au Burkina Faso, la petite irrigation connait une expansion significative dans les territoires où l’eau est facilement disponible (mare et aquifère superficiel). Elle peut être d’initiative individuelle ou d’un groupement d’agriculteur qui décide quand et où développer l’irrigation en choisissant les solutions les mieux appropriées à ses besoins.
En saison sèche (octobre à juin) lorsque l’accès à l’eau est permanent l’irrigation permet une production en continue de cultures maraichères. La diversité des cultures et des cycles de production assure un revenu continu tout au long de l’année, complémentaire à ceux de la riziculture, des cultures vivrières dépendantes de la pluie, de l’élevage ou du petit commerce.
Cependant, les petits agriculteurs sont confrontés à des contraintes qui limitent leur capacité à moderniser l’irrigation, malgré l’existence d’innovations prometteuses. Ces solutions sont souvent trop coûteuses ou mal adaptées, entravant leur adoption. Ces obstacles ne se limitent pas uniquement à des contraintes financières mais englobent des aspects techniques et sociaux.
Dans ce contexte, le projet IRRINN de recherche & développement, a réuni les acteurs de la petite irrigation (agriculteur, fournisseur de matériel, technicien agricole, financiers, chercheurs, etc.) autour de plateformes d’innovation dans quatre villages. L'objectif était de collaborer à la création de solutions durables adaptées au contexte local. Parmi ces solutions, le projet a mis au point un mécanisme de financement pour faciliter l'acquisition de kits solaires d'irrigation par les agriculteurs. Le projet accorde une subvention adossée à un remboursement différé de 24 mois accordé par le fournisseur installateur à l’agriculteur.
Les zones côtières méditerranéennes concentrent de nombreux enjeux territoriaux relatifs aux ressources en eau et en sol, aux productions agricoles, aux espaces naturels remarquables, à l’urbanisation et au tourisme. La préservation et le développement de ces zones impliquent une recherche d’équilibres entre besoins et disponibilité des ressources et des espaces pour les différents usages. Cette recherche d’équilibres est à opérer en conditions de changement global, climatique et d’usage des terres.
Les eaux des aquifères profonds constituent la ressource exclusive pour l'alimentation en eau potable sur le territoire de Bordeaux Métropole. Toutefois elles se voient menacées par la croissance démographique et les effets du changement climatique. La valorisation de ressources d'eau alternatives, telles que les nappes superficielles et les eaux pluviales, peut substituer une partie des usages présents ou futurs actuellement couverts par le réseau d'eau potable. Différents types de solutions innovantes de gestion des eaux pluviales sont à l'étude, en particulier les Solutions fondées sur la Nature (SfN), qui ont la particularité de pouvoir proposer des solutions d’infiltration des eaux pluviales, mais aussi de fournir des solutions à d’autres enjeux urbains concomitants, centres d’attention des stratégies de la métropole (lutte contre les îlots de chaleur, préservation de la biodiversité, capture de polluants, …).
La thèse consiste en une évaluation économique de ces solutions, en intégrant à leurs coûts et bénéfices les différents services écosystémiques qu’elles génèrent. Une particularité de cette approche est de prendre en compte la diversité des coûts et co-bénéfices issue de la répartition spatiale des SfN sur le territoire. Cette approche économique a pour vocation de fournir un cadre d'aide à la décision à Bordeaux Métropole pour arbitrer entre différentes stratégies de développement de ces solutions innovantes et notamment raisonner leur répartition spatiale. Pour ce faire, une méthodologie d’évaluation spatialement explicite est mise en place et mobilise diverses méthodes économiques : optimisation multi-objectif, analyse coût-bénéfices, analyse multicritère, méthodes d’évaluation contingente, expérience de choix.
Mots clés : économie de l’environnement, services écosystémiques, solutions fondées sur la nature, optimisation multi-objectif, expérience de choix, gestion des eaux pluviales.
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Les Solutions fondées sur la Nature génèrent de multiples bénéfices pour les villes
Source : Agence de l’Eau Rhin Meuse
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Résumé :
Exploitation agricole à base des eaux souterraines et des eaux des crues (©Khardi, 2020)
Le développement de l’agriculture irriguée dans les régions arides est souvent accompagné d’une exploitation intensive des eaux souterraines. Ce développement peut également être à l’origine de réallocations considérables de la ressource en eau de surface et souterraine à l’échelle du bassin versant. Cette thèse prend les innovations de mobilisation des eaux d’irrigation comme point d’entrée pour appréhender les pratiques d’adaptation au manque d’eau à l’échelle du territoire oasien Todgha-Ferkla au Sud-Est du Maroc et elle entreprend une concertation territoriale sur l’avenir de la gestion de l’eau moyennant une démarche participative. Deux innovations récemment introduites sur le territoire de Todgha-Ferkla ont été identifiées et analysées : (i) le captage des eaux de crues dans un bassin en terre pour la recharge de la nappe et l’irrigation à l’échelle de l’exploitation agricole ; (ii) l’association du système de khettara au pompage solaire dans la nappe sous-jacente dans les anciennes oasis. Des enquêtes de terrains, l’analyse d’images satellitaires, un suivi piézométrique multi-site et une modélisation analytique de la recharge ont été menés entre 2020 et 2023. En parallèle, un processus participatif impliquant un panel mixte d’acteurs a été conçu et mené afin d’établir un diagnostic factuel de la disponibilité des ressources en eau afin de coconstruire des solutions consensuelles pour une gestion durable de l’eau à l’échelle du territoire. Notre recherche a montré que l’usage conjugué des eaux de crues à l’échelle de l’exploitation agricole pour l’irrigation des palmiers dattiers et pour la recharge de la nappe permet de minimiser les pertes par évaporation. La modélisation analytique basée sur les mesures de terrain a montré que la recharge à partir du bassin de captage des crues a un effet sur la piézométrie spatialement et quantitativement très limité en raison de l’hydrogéologie de la zone. En outre, l’irrigation pourrait contribuer à la recharge de la nappe lorsqu’elle est prolongée sur plusieurs semaines grâce à l’arrivée de plusieurs crues rapprochées dans le temps. Quant à l’association du pompage par énergie solaire et du système traditionnel de la khettara, elle permet de sauvegarder l’accès et la gestion collective des eaux souterraines. Ainsi, l’organisation sociale autour de la ressource en eau souterraine est maintenue tant que la baisse accélérée des niveaux piézométriques ne ralentit pas le pompage provisoirement salvateur. L’analyse des innovations et les résultats de la concertation territoriale montrent que ce territoire est le siège d’une course à l’eau généralisée et non régulée, qui pourrait mettre en péril à terme toute forme d’agriculture, en premier lieu dans les parties les plus à l’aval du bassin versant. Les adaptations individuelles constatées apportent des améliorations locales mais restent tributaires des autres activités à l’échelle du bassin versant. La concertation territoriale révèle la nécessité de concevoir et de mettre en exergue un nouveau modèle de gouvernance de l’eau en vue d’assurer une gestion durable de ces oasis. De manière générale, la présente thèse contribue à la compréhension des pratiques d’irrigation et de leur mode de gestion dans le territoire oasien de Todgha-Ferkla et apporte des éléments de réflexion au débat national pour durabiliser la gestion de l’eau dans les oasis.
Oasis traditionnelle alimentée par la ‘Khettara’ (©Khardi, 2020)
Mots clés : oasis, extensions agricoles, irrigation, recharge de la nappe, khettara, innovations, concertation territoriale, eau au Maroc
Résumé :
Les zones humides temporaires sont des espaces de transition entre milieux aquatique et terrestre, souvent difficiles à appréhender. Historiquement, elles étaient perçues comme sous-valorisées, nécessitant un assainissement pour soustraire la terre à l’eau afin de rendre possible une mise en valeur agricole intensive. Ces zones sont également de plus en plus reconnues comme des espaces de l’eau importants pour le soutien de la biodiversité, la séquestration du carbone et la régulation des crues. Cependant, ces visions contrastées de milieu terrestre (à condition d’être assaini) ou de milieu aquatique (à condition d’être protégé et restauré) font abstraction du fait que des communautés locales vivent et exploitent ces milieux en transition. Ces usages, adaptés à ces milieux, sont souvent invisibles pour les acteurs institutionnels créant des conflits sur leur légitimité. Cette thèse analyse la pluralité des rôles des zones humides temporaires et vise à comprendre comment les visions des acteurs façonnent ces zones. La thèse se déroule dans les merjas de la zone centrale de la plaine du Gharb (Sidi Ameur, Bokka, Kebira, Jouad-Tidjina), qui 100 ans après le début de l’aménagement hydro-agricole de la plaine, sont toujours dans une situation conflictuelle sur les usages actuels et leur devenir. La thèse a abouti à trois résultats principaux. Tout d’abord, l’approche par les services écosystémiques dévoile les antagonismes entre acteurs sur les rôles des merjas. Pour les acteurs institutionnels, les merjas ont un destin régional voire national, comme futurs périmètres irrigués, ou alors comme zones tampons pour réguler les crues. Les communautés locales éprouvent un sentiment d’attachement à la terre et valorisent la production agricole des merjas. Cependant, ces usages restent invisibles pour les acteurs institutionnels. Malgré le débat international sur l’importance des zones humides temporaires pour la biodiversité et le stockage de carbone, ces dimensions restent cantonnées à des merjas permanentes, en dehors de la zone centrale. L’approche sociohydrologique montre que les ontologies binaires considérant les merjas soit comme des terres assainies ou des zones tampon pour réguler les crues ne concordent pas avec leur fonctionnement dynamique. Les résultats de la télédétection ont révélé que la submersion des merjas dépend surtout des conditions locales (topographie, pluie locale, proximité de point de débordement, degré d’hydromorphie du sol, configuration géomorphologique), expliquant l’adaptation des communautés locales à la présence de l’eau tout en revendiquant l’accès à la terre. Enfin, l’approche d’ingénierie de la concertation a rendu visible la vision des communautés locales sur les usages actuels en les engageant, au même plan que les acteurs institutionnels, dans un processus de réflexion et de négociation sur les scénarios d'aménagement. Les résultats de l’approche montrent que l’aménagement hydro-agricole des merjas doit se faire en concomitance avec l’assainissement de l’assise foncière. La démarche méthodologique de la thèse, conçue pour ce milieu complexe de transition, pourra être mobilisée dans des territoires fluides et marqués par des relations conflictuelles entre des acteurs convoitant ses ressources.
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Merja Ras Daoura (merja côtière) - (© Choukrani, 2018)
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Merja Sidi Mohammed Benmansour (merja côtière) - (© Choukrani, 2018)
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Mots-clés : services écosystémiques, sociohydrologie, ingénierie de la concertation, zones humides temporaires, milieux en transition, merjas, plaine du Gharb, Maroc







