Lors du séminaire ICIREWARD-SHS organisé par l’UMR GEAU en partenariat avec le Centre Unesco de l’Eau de Montpellier ICIREWARD, le jeudi 26 mars 2026 de 10h à 12h30 , le thème abordé a été le suivant : « Re-politiser l'écologie des cours dans une perspective more-than-human".

Plusieurs intervenants :  

o   From Biological Infrastructures to Invasive Species: A More-than-Human Story of Chinese Carp in Southeast Europe

Stefan Dorondel - The Institute for Southeast European Studies of the Romanian Academy. Graduate School of History, University of Bucharest

In 1959, a Romanian ichthyologist introduced the first 100 larvae of Ctenopharyngodon idella (commonly known as grass carp) from Moscow as a biological solution for managing aquatic ecosystems. This species was chosen to help control the proliferation of watergrass in ponds and lakes that had been transformed into artificial fisheries by the socialist government after 1949. Viewed as a cost-effective method for managing aquatic vegetation, it aimed to enhance the production of valuable indigenous species such as carp, catfish, and pike. By 1962, over half a million additional specimens of Ctenopharyngodon idella, alongside Hypophthalmichthys molitrix (silver carp) and Hypophthalmichthys nobilis (bighead carp), were sourced from the Yangtze River in China, driven by a political-economic strategy to expand Romania's fish food industry. These Asian carp species exhibited rapid growth rates and thrived on a diet of grass, phytoplankton, and zooplankton, necessitating the establishment of new infrastructures and the accumulation of scientific knowledge. This evolution led to the opening of additional research facilities and academic positions aimed at integrating these affordable fish into the Romanian diet, potentially displacing traditional species from the Danube.Following the radical economic transformations in Romania after the fall of socialism, including deregulation and the privatization of agriculture and fisheries, these Asian carp escaped into the Danube, becoming an invasive species.

This presentation explores broader theoretical questions surrounding the translocation of species for economic purposes (Seddon, Strauss, and Innes, 2012) and the implications for what has been termed “invasive ecologies” (Frawley and McCalman, 2014). Utilizing an environmental history framework alongside a science and technology studies (STS) perspective, I will critically examine these dynamics, emphasizing the concept of “more-than-human infrastructure.” This notion is significant as it intertwines the “more-than-human”—a term often critiqued for depoliticizing social life and neglecting social and economic inequalities—with “infrastructure,” which can represent a deeply biopolitical project in certain contexts (Poerting, 2023).

 

o   Restaurer l’Auzon pour ses barbeaux et ses riverains ? Prendre le temps de renouer les relations plus qu’humaines avant de décider

Anaelle Ghesquière, Sylvie Morardet, Christelle Gramaglia – UMR G-EAU, INRAE, Université de Montpellier

 

Cette communication s’appuie sur un travail ethnographique en cours qui vise non seulement à analyser les controverses en cours autour d’un projet de restauration, mais aussi à accompagner sa co-construction avec les riverains. Elle se focalisera plus précisément sur la notion de tâtonnement (collectif et organisé), empruntée à Isabelle Stengers, pour rendre compte d’un moment de tension entre les objectifs divergents des parties prenantes en matière de continuité hydro et écologique, lequel a débouché sur une mise en pause du projet, le temps d’explorer des alternatives. Nous montrerons qu’il ne s’agit pas d’un renoncement, mais d’une autre manière de renouer les relations plus qu’humaines avant de décider dans le cadre d’une démarche cosmopolitique. Nous en profiterons pour interroger le rôle de la sociologie (et donc notre travail) dans ce type d’expérimentation, aux côtés des gestionnaires.

Lors du Vendredi Découverte du vendredi 20 mars 2026, Bruno Barbier et Jean-Louis Fusillier nous ont présenté "IRRINN, la recherche action pour la petite irrigation innovante au Burkina Faso : Méthode et résultats"


Résumé : 
Le projet IRRINN, conçu et piloté par G-eau, est un projet européen de type Desira sur la mise à l’échelle des innovations autour de la petite irrigation privée. Il s’est déroulé de 2021 à 2025 dans une dizaine de village autour de Ouagadougou. Un consortium de sept partenaires du nord et du sud et d’autres acteurs locaux ont déroulé un protocole de recherche action co-construit autour des plateformes d’innovation regroupant les différents acteurs concernés. Dans ce cadre le projet a testé avec les paysans e tpaysannes plus d’une dizaine de technologies innovantes allant du goutte à goutte, aux pompes solaires, en passant par les bassins de collecte de l’eau de ruissellement. Au final, Le projet a organisé la vente de petites pompes solaires installées dans des puits à 70 individus possédant des très petites surfaces. L’irrigation dite « au fil du soleil », c’est-à-dire sans batterie ni châteaux d’eau, a remplacé le puisage manuel, ce qui a permis d’étendre les surfaces et d’augmenter les rendements. Le modèle économique est basé sur un contrat entre le producteur et le fournisseur dans lequel le producteur s’engage à payer la pompe sur deux ans et le fournisseur assure l’installation et un SAV rapide. Le projet a octroyé une subvention de 50 % mais les fournisseurs estiment pouvoir continuer sans la subvention. A la fin du projet tous les paiements ont été remboursés.

Les recherches réalisées par une trentaine de chercheurs et plus de vingt étudiants en licence, master ou thèse ont permis de contribuer à clarifier certaines questions clés relatives à la ressource eau de surface ou souterraine, du pompage, du foncier, et de l’adoption des innovations. Les réussites et les échecs du projet seront exposés durant cette présentation.

Lors du Vendredi Découverte du vendredi 6 mars 2026, Betty DEBOURG a présenté « Transition agroécologique d'un territoire irrigué des Hautes-Pyrénées : présentation d'une démarche participative mobilisant le Design Fiction ».

 

Résumé

Ce travail a été mené dans le cadre du projet TETRAE TAI-OC - Transition agroécologique et irrigation en Occitanie- porté par Delphine Burger-Leenhardt. Le dérèglement climatique impacte fortement les ressources nécessaires à la production agricole, ce qui requiert de penser la transition vers de nouveaux modèles de production. Or, plusieurs orientations sont possibles, et ne font pas consensus parmi les acteurs face à la raréfaction des ressources. Nous avons construit une méthode participative simple permettant de dépasser ces limites et d’engager la question de la transition. Cette approche combine trois méthodes : design fiction, scénarios exploratoires et backcasting, réalisées lors d’ateliers multi-acteurs, précédés par la réalisation d’un diagnostic ad hoc. Nous avons appliqué cette approche sur la question de la transition agroécologique face à la raréfaction de l’eau sur un territoire des Hautes-Pyrénées. Nous montrons que cette combinaison de méthodes permet de produire une histoire du futur consensuelle, durable et facilement mobilisable par l’opérationnel. Sur notre cas d’étude, nous montrons que partant d’une situation de tension sur le partage de l’eau et d’incertitudes sur le rôle futur des différents modèles, les acteurs se projettent dans un scénario où l’agroécologie et les dynamiques collectives locales s'articulent avec le modèle intensif.

La gestion de l’eau est marquée, depuis quelques années, par une polarisation sociale inédite, notamment entre des usagers souhaitant pouvoir bénéficier du même accès à l’eau pour leurs activités économiques ou leurs projets de développement, et des acteurs davantage portés sur la défense des milieux et sur une conception de l’eau comme bien commun. Des conflits aiguisés se sont exprimés autour de projets (de stockage en particulier) à l’échelle locale, que l’on pense au projet de barrage de Sivens, dans le Tarn, suspendu en 2015 après la mort d’un opposant, ou plus récemment aux mobilisations contre les bassines du Poitou, avec comme point d’orgue la manifestation de Sainte-Soline de mars 2023, qui s’est soldée par des affrontements et plusieurs dizaines de blessés, dont certains grièvement.

Cette thèse vise précisément à entrer dans le sujet de la conflictualité en répondant à la question suivante: quelles sont les conditions susceptibles de générer une conflictualité sociale renforcée autour du partage de l’eau dans les territoires ? Afin de saisir les conditions pouvant favoriser l’expression de la conflictualité, le choix est fait ici de dépasser la simple juxtaposition de quelques études de cas pour aller vers des formes de généralisation (modeste). Pour cela, la doctorante aura recours à une méthodologie consistant à combiner deux méthodes : la qualitative comparative analysis (QCA) et le process tracing.

Une collaboration est prévue avec l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, co-financeur de la thèse, ainsi qu’une inscription dans le projet ANR BlueState (coordonné par Sylvain Barone), qui porte sur l’action de l’Etat dans le domaine de l’eau.

 

Mots clés : Conflits, partage de l’eau, QCA, process tracing France

 

Lors du  Vendredi Découverte du vendredi 27 février 2026, Rebecca Peyrière nous a présenté « La fabrique d’un lac. L’irrigation de vignes à partir du lac du Salagou : Quels effets pour le milieu ? »

 

Résumé :

Le lac du Salagou a été créé en 1969 par la construction d’un barrage sur la rivière Salagou. A l’origine ce lac avait pour objectif le développement de la filière arboricole en Hérault afin de pallier à la crise du vin, déjà une préoccupation sur le territoire. Finalement, l’irrigation n’a pas été déployée, et le lac est progressivement devenu un milieu de vie qu’humain et non-humain pratiquent ou habitent, que se soit dans l’eau ou sur les berges. Dans un contexte de changement climatique, un nouveau projet d’irrigation a vu le jour, cette fois-ci dirigé vers la viticulture. Il a été mis en fonctionnement en mars 2025, un mois après la fin de mon terrain. En ces temps de changement, j’ai étudié les relations qui forment le milieu à travers la mise en rapport de trois rubriques inspiré par le travail de Guille-Escuret (2018) sur l’interdisciplinarité ethno-écologique : Économique, Culturelle et Écologique. Ces trois rubriques semblent appropriées pour ce sujet, car j’étudie la dynamique de l’eau du barrage vers la vigne, toutes deux à la fois : sujets culturels, pour le lac, car il est devenu au cours du temps sujet d’attachements, pour la vigne du fait de son imbrication dans diverses couches de la société locale depuis plusieurs siècles ; objets économiques car impliqués dans le travail et la production de richesses ; et sujets écologiques car il s’agit d’une étendue d’eau d’une part, certes d’origine artificielle, mais où habitent des espèces diverses, et d’une liane d’autre part, ayant été domestiquée.

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