Le prochain Vendredi Découverte aura lieu le vendredi 22 mai 2026 à 11h00.
Damien Jourdain nous présentera : "Trois arbitrages qui façonnent l'adoption ? Ce que les petits producteurs zambiens nous apprennent sur le potentiel de l'intensification durable en Afrique Australe”
La présentation se tiendra à la fois en présentiel, en salle Aquadémie (Bât. Confluences, site Hydropolis Lavalette, 361 rue JF Breton, 34090 Montpellier) et en distanciel via le lien suivant : https://ird-fr.zoom.us/j/99664484350?pwd=4OJLCQP9KewbcAI2sGbawStITPj5V9.1
Résumé : L'intensification durable (ID) est généralement présentée comme la réponse au double défi de l'Afrique subsaharienne : nourrir une population croissante tout en préservant la base de ressources naturelles. Pourtant, l'adoption des pratiques d'ID par les petits producteurs reste modeste. Cette présentation défend l'idée que l'adoption n'est que rarement une décision binaire « oui ou non », mais plutôt le résultat de trois arbitrages concrets que les agriculteurs doivent gérer simultanément. Chacun de ces arbitrages renvoie à un levier d'action publique distinct. À partir d'une expérience de choix discrets menée auprès de 300 petits producteurs de maïs dans 3 districts de la province Sud de la Zambie, et en mobilisant un cadre d'utilité fondé sur la théorie des perspectives, nous identifions trois arbitrages qui structurent les décisions des agriculteurs :
- Premier arbitrage : les effets maintenant ou plus tard. Contrairement à l'idée reçue selon laquelle les petits producteurs seraient « myopes » (ne valorisent pas les améliorations futures du fait de leurs contraintes actuelles), nous constatons qu'ils valorisent fortement les améliorations futures de rendement, parfois même davantage que des gains immédiats équivalents. Cela suggère qu'ils perçoivent les systèmes de culture comme des investissements à long terme dans leur capacité productive, et non comme de simples sources de consommation immédiate. Toutefois, cette disposition à attendre s'effondre dès que l'adoption implique des pertes de rendement à court terme : l'aversion aux pertes (λ ≈ 2–3) fait que les agriculteurs exigent des gains futurs disproportionnés pour compenser la moindre baisse immédiate. En conséquence, les stratégies de promotion de l'ID doivent minimiser ou amortir les pertes de la première année (assurance, aides initiales) plutôt que de s'appuyer uniquement sur le discours des bénéfices à long terme.
- Deuxième arbitrage : spécialisation vs. diversification. Les agriculteurs valorisent de manière constante et positive l'intégration de légumineuses, par rotation ou en culture associée, mais avec une hétérogénéité importante au sein de l'échantillon. Cette variation reflète probablement des différences d'accès au marché, de modes de consommation des ménages et de dotation en main-d'œuvre. Les trajectoires d'ID fondées sur les légumineuses nécessitent des investissements complémentaires dans les filières et les infrastructures post-récolte pour révéler leur pleine valeur, et les messages de vulgarisation doivent être adaptés aux typologies d'exploitations plutôt que délivrés sous forme de package uniforme.
- Troisième arbitrage : performance moyenne ou pire scénario. La capacité d'un système de culture à limiter les pertes lors d'événements climatiques extrêmes apparaît comme l'un des attributs les plus fortement valorisés de toute l'expérience. Dans cette région sujette aux sécheresses, les agriculteurs n'optimisent pas pour l'année moyenne — ils se protègent contre la mauvaise année. La recherche et la vulgarisation devraient repositionner l'ID non plus principalement comme une stratégie d'augmentation des rendements, mais comme une stratégie de gestion des risques, en donnant la priorité aux variétés résistantes à la sécheresse, aux options d'irrigation de complément et à une communication claire sur les performances en conditions climatiques extrêmes.
Venez nombreux !






